Une carte de France de douze mètres de haut sur onze de large, montée à partir de 181 feuilles gravées, et l'entrée ne coûte rien : les Archives nationales sortent la carte de Cassini de ses réserves jusqu'au 1er février 2027. C'est la première carte de France levée géométriquement à l'échelle d'un pays entier, fabriquée par quatre générations d'astronomes entre 1750 et le début du XIXe siècle. L'exposition s'appuie sur un fonds versé par l'IGN aux Archives nationales en 2021 puis en 2025, jamais montré jusqu'ici. Un bon plan Paris à glisser dans un week-end à Paris, à deux pas du cœur du Marais.
Un chantier de 70 ans, clocher après clocher
Pour mesurer le royaume, les ingénieurs de Cassini ont utilisé la
triangulation : on relie des points fixes du paysage, tours, clochers, collines, et on en déduit les distances avec une précision inédite. Le travail de terrain a duré
plus de 70 ans, des premiers levés de l'abbé Picard en 1668 jusqu'aux dernières vérifications autour de 1790, avant la finalisation en 1815. L'exposition montre les instruments employés : graphomètres à lunettes, lentilles-objectifs, quart-de-cercle. Les habitants étaient même sollicités pour donner le nom des lieux cartographiés, parfois à contrecœur : derrière l'enquête de terrain, beaucoup devinaient la volonté royale de mieux contrôler le territoire.
Les exemplaires de Louis XVI et de Marie-Antoinette
La carte a circulé dans toutes les qualités possibles, de la version ordinaire au tirage de prestige. Les libraires proposaient des options à la carte : mise en couleur, entoilage, reliure, étui, baguette de suspension. Parmi les pièces exposées, un
exemplaire imprimé sur soie et une boîte-étui imitant une reliure, issue d'une série de dix-sept, réputée provenir du cabinet de
Louis XVI. On y croise aussi les exemplaires liés à
Marie-Antoinette, les cuivres d'origine et les calculs manuscrits des Cassini.
Une carte qui sert encore aujourd'hui
La carte de Cassini n'a pas fini sa carrière en 1815 : elle a servi de base cartographique à la
création des départements en 1790, et certains usages administratifs persistent, notamment pour les droits liés aux moulins. Les historiens de l'environnement et les archéologues continuent de s'en servir pour comparer les paysages d'hier et d'aujourd'hui. Les cuivres, eux, ont été utilisés jusqu'au XXe siècle, soit près de trois siècles d'activité pour un même objet.
Conférences et parcours d'art contemporain
L'exposition s'accompagne de
conférences gratuites le samedi à 14h30 dans le salon du Prince de l'hôtel de Soubise, dont « Le développement de la cartographie du monde au XVIIIe siècle » le 14 novembre 2026 par Hélène Richard, et « Les archives de la Carte de France » le 23 janvier 2027 par Nadine Gastaldi, commissaire de l'exposition. Un
parcours d'art contemporain complète la visite avec des installations disséminées dans le musée. Des visites guidées et des ateliers pédagogiques sont également programmés, sur réservation via l'agenda du site.
Informations pratiques
- Lieu : Musée des Archives nationales, hôtel de Soubise, 60 rue des Francs-Bourgeois, Paris 3e
- Dates : Du 14 octobre 2026 au 1er février 2027
- Horaires : Lundi, mercredi, jeudi, vendredi de 10h à 17h30 ; samedi et dimanche de 14h à 17h30 (jusqu'à 19h lors des grandes expositions). Fermé le mardi, ainsi que les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
- Prix : Gratuit
- Public : Tous publics
- Sans réservation pour l'exposition ; réservation nécessaire pour les visites guidées et les ateliers
Voir cette carte assemblée, c'est comprendre à quoi ressemblait la France avant les routes nationales et les photos satellites : un pays mesuré au clocher près, par des savants qui ont passé leur vie sur le même chantier. L'exposition est gratuite et ouverte six jours sur sept jusqu'au 1er février 2027, de quoi caler une visite entre deux cafés du Marais lors d'un week-end à Paris.
Image par ©Archives nationales